Sonovision : En un peu plus de dix ans, le marché du digital signage a profondément changé et s’est densifié. Comment la solution Signao a-t-elle évolué pour s’imposer aujourd’hui ?

Xavier Hamon : C’est vrai, il y a eu beaucoup de changements en dix ans, et même ces dix derniers mois la technologie a évolué très vite. Chez Signao, nous nous sommes positionnés sur une branche de niche : le domaine du transport. Notre force différenciante réside dans notre capacité à gérer des données en temps réel, rafraîchies à la minute, voire à la seconde. Notre catalogue technologique est orienté vers la diffusion d’une information utile, pratique et mise à jour en permanence.
Sonovision: Cette focalisation sur le transport était-elle un choix stratégique ou une nécessité, et prévoyez-vous de vous ouvrir à d’autres secteurs ?
Xavier Hamon : Cela s’est fait naturellement, car notre tout premier client venait de ce secteur. Nous nous sommes vite rendu compte que le transport est extrêmement gourmand en technologies et friand de nouveaux usages. En répondant à leurs exigences très pointues, nous avons pu légitimement répliquer ces usages vers d’autres secteurs comme la culture, le tourisme ou l’hôtellerie. Aujourd’hui, tout le monde souhaite de l’information instantanée, quel que soit le corps de métier.
Sonovision: Vous proposez aujourd’hui une offre exclusivement SaaS. Face aux solutions open source gratuites, comment vous différenciez-vous ? Travaillez-vous en direct avec les clients ou via des intégrateurs AV ?
Xavier Hamon : Nous sommes effectivement sur du full SaaS, sans solution on-premise. Historiquement, nous avons une approche end-user : nous couvrons tout le spectre du besoin client (logiciel, matériel, service, maintenance). C’est une offre à 360 degrés. Si nous avons d’abord privilégié le travail en direct avec les clients métiers, nous sommes aujourd’hui de plus en plus sollicités par les intégrateurs. C’est un marché que nous découvrons et que nous structurons tranquillement.
Sonovision: Êtes-vous agnostiques en termes d’OS pour la diffusion ?
Xavier Hamon : Nous sommes surtout dépendants de notre propre matériel. Dès le début, nous avons conçu un petit boîtier, le « stick », qui permet de connecter n’importe quel écran pour faire de l’affichage dynamique. Bien sûr, nous déclinons ce système en version virtualisée compatible avec des OS comme Tizen ou WebOS, mais nous préférons conserver la maîtrise de la technologie via notre propre boîtier. Il se connecte en HDMI, est auto-alimenté par l’écran (ce qui est un gain énorme en consommation électrique), et récupère le réseau pour que nous puissions pousser les contenus depuis nos serveurs. Avec ce système, nous pilotons aujourd’hui environ 6 000 écrans, avec une forte accélération ces trois dernières années.
Sonovision: Les enjeux de cybersécurité sont cruciaux pour les DSI aujourd’hui. Comment garantissez-vous l’intégrité des données, surtout avec des flux externes ?
Xavier Hamon : Venant du monde du transport, cette question s’est imposée très tôt. Avant même que le langage de la cybersécurité ne soit démocratisé, ces exigences figuraient dans les cahiers des charges de nos clients, très exposés aux attaques. Dès ses débuts, notre solution a intégré cette dimension : pentests, rapports d’audit, et respect du référentiel de sécurité de l’OWASP. Notre stick est conçu pour éviter toute tentative d’intrusion. Aujourd’hui, nous suivons l’attestation SOC 2 pour garantir une sécurité maximale sur l’ensemble de la plateforme.
Sonovision: Comment intégrez-vous l’intelligence artificielle pour bouleverser les workflows de création ou la gestion des médias ?
Xavier Hamon : L’approche IA est née chez nous il y a environ deux ans avec l’arrivée de ChatGPT. Nous avons implanté un widget dans notre studio permettant de générer du contenu (images, textes), même si ce sont généralement les services communication de nos clients qui produisent les médias. Mais la vraie révolution actuelle réside dans le traitement des données. Par exemple, dans le métro, l’IA nous permet de calculer en temps réel le nombre de personnes dans une rame pour diffuser des alertes de saturation à la sortie d’un match de football. Seule l’IA est capable d’anticiper ces flux avec des résultats aussi bluffants.
Sonovision: Comment parvenez-vous à faire collaborer des profils techniques et des communicants sur votre plateforme de création ?
Xavier Hamon : Tout repose sur l’ergonomie. L’interface utilisateur est réduite au minimum : trois onglets. N’importe quel profil peut l’utiliser. Pourtant, cette simplicité cache la capacité de construire des scénarios complexes, des murs d’images ou des synchronisations multi-écrans. À terme, avec l’évolution de l’IA, je suis convaincu que l’interface utilisateur telle qu’on la connaît va disparaître au profit du prompt.
Sonovision: Pendant longtemps, l’affichage dynamique se résumait à des boucles de contenus inchangées pendant des mois. Constatez-vous une évolution dans l’usage qu’en font vos clients ?
Xavier Hamon : Absolument. La nouvelle génération maîtrise parfaitement ces codes. Les calendriers éditoriaux sont très propres et les contenus changent fréquemment. À nos débuts, nos tests d’attention montraient que les passants n’accordaient que 3 secondes d’attention à nos écrans. Aujourd’hui, en intégrant des informations instantanées (météo, trafic routier, vélos en libre-service, horaires), nous sommes passés à 15 ou 20 secondes. La fraîcheur de l’information est la clé de l’attention.
Sonovision: Le secteur est souvent pointé du doigt sur la question de l’empreinte carbone. Comment accompagnez-vous les entreprises sur leur démarche RSE ?
Xavier Hamon : Notre boîtier auto-alimenté participe déjà à cette démarche. Nous gérons également l’allumage et l’extinction automatiques des parcs d’écrans. Mais nous regardons surtout du côté de la technologie e-paper (encre digitale), qui est beaucoup moins énergivore. À l’ISE de Barcelone, nous avons été séduits par certaines propositions, notamment chez Philips. Nous avons commandé des unités de test, car c’est la suite logique de l’affichage. Nous avons aussi de plus en plus de demandes pour des écrans alimentés par panneaux solaires.
Sonovision: Quelles sont les prochaines étapes pour Signao, techniquement et commercialement ?
Xavier Hamon : Commercialement, l’évangélisation continue, car de plus en plus de structures, comme les mairies, ressentent le besoin de communiquer en temps réel. Notre but est de nous étendre en Europe et en Afrique, tout en consolidant quelques projets aux États-Unis. Techniquement, nous souhaitons miniaturiser encore notre stick. Contrairement à certains de nos confrères qui misent tout sur le virtuel (SoC), nous croyons en notre boîtier physique : si l’écran tombe en panne, le stick, lui, se rebranche simplement ailleurs.
Sonovision: Pour soutenir cette feuille de route, quelle est votre structure actuelle ?
Xavier Hamon : Signao, c’est aujourd’hui une dizaine de collaborateurs répartis sur toute la France. Nous venons d’ailleurs d’acquérir un showroom de 200 m² à Rezé, près de l’aéroport de Nantes, pour y exposer nos technologies. Nous nous appuyons également sur un réseau de 25 techniciens certifiés. Notre engagement initial était de pouvoir intervenir en moins de deux heures sur un écran en panne, que ce soit à Paris ou dans la Creuse. Maintenir ce maillage et ce niveau de service reste notre priorité absolue.
Sonovision: Un mot pour conclure sur une installation dont vous êtes particulièrement fiers ?
Xavier Hamon : C’est difficile de choisir, car tous nos clients nous challengent en permanence. Cependant, nous avons été retenus pour installer un écran sur la façade extérieure de Notre-Dame de Paris, pour l’accueil des visites. La confrontation entre ce monument historique et un écran nouvelle génération est forcément un symbole très fort pour nous.








