La Comédie française, une institution bien équipée

C’est en 2006 que la Comédie française a pris le virage de la projection numérique avec Cyrano de Bergerac. Dans cette version mise en scène par Denis Podalydès, le héros d’Edmond Rostand haranguait le public d’un théâtre imaginaire, le public voyait cette scène comme s’il était en coulisses. Un cadreur filmait Cyrano venant lui parler, cette image était projetée pour donner l’impression que l’œil de la caméra était celui du public. « Cela permettait d’illustrer le théâtre dans le théâtre », commente Nicolas Faguet, régisseur son et vidéo de la Maison de Molière.
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Publié le 14/03/2019

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La Comédie française s’équipe alors d’une caméra et d’un vidéoprojecteur. Dès cette pièce, un premier mapping avait d’ailleurs été réalisé avec un décor de feuilles. Au sein de cette institution, il a fallu prouver que la projection numérique n’était pas un effet de mode afin qu’elle soit bien équipée avec de nouveaux vidéoprojecteurs, et surtout que soit développé le réseau fibre optique dans le bâtiment. « Sans les liaisons, nous étions coincés ».

Depuis, la Comédie française s’est équipée du logiciel Millumin, Isadora, QLab et de Modulo Kinetic. « Dans le cas d’un dispositif de projection simple, la régie vidéo est asservie à la régie son. Un vidéoprojecteur fixe, Panasonic 30K, situé dans une pièce fermée et isolée pour éviter la gêne sonore, permet de projeter sur toute la surface de la scène. Lorsque la projection devient plus complexe, ce suivi est réalisé d’une autre régie, accolée à celle de la lumière », détaille Nicolas Faguet, régisseur son et vidéo de la Maison de Molière. L’utilisation fluctue au gré des envies des créateurs.

 

Sur Les Damnés, mis en scène par Ivo van Hove (repris en mars 2019), le dispositif était composé de deux cadreurs sur scène, captant des images diffusées sur un écran led géant. « Cette projection était gérée via le logiciel Isadora. Lequel permettait de récupérer les flux des caméras, de les traiter en temps réel, d’ajouter des effets, puis de les renvoyer sur l’écran », raconte-t-il.

Sur La règle du jeu, mise en scène Christiane Jatahy, il y avait une caméra à l’épaule, trois vidéoprojecteurs et un drone (Phantom4, Dji) manipulé par un comédien. « Il filmait et l’on projetait l’image en temps réel sur le fond du plateau », explique Nicolas Faguet. Au début du spectacle, un film d’une demi-heure était diffusé en plein pot sur le cadre de scène. Puis des chasseurs poursuivaient des comédiens déguisés en lapins dans le public. Filmés par un comédien, ils créaient l’illusion que le film était le miroir de la salle. La caméra à l’épaule permettait, quand le comédien la posait, de montrer des éléments hors champ aux spectateurs.

Pour La Tempête, mise en scène par Robert Carsen, le choix s’est porté sur Modulo Kinetic. « Le décor était une boîte, comme un dé sans face avant, en perspective fuyante. Pour couvrir la totalité de l’intérieur de ce décor, nous avons utilisé trois vidéoprojecteurs et un quatrième, au-dessus pour couvrir le fond. » Le plan Autocad en 3D du décor est alors intégré dans le logiciel, ainsi que l’implantation des vidéoprojecteurs (coordonnées et focales). « Selon les informations qu’on lui fournit, il découpe l’image et l’envoie sur le plan que l’on veut habiller en vidéo. Il transmet ces données au vidéoprojecteur, en intégrant les déformations du décor. Pour cela, on se base sur “ l’œil du prince ”, le meilleur point de vue du spectateur », ajoute-t-il.

 

La Comédie française tourne avec quatre spectacles en alternance, plus un en création. Chaque jour le plateau est monté et démonté à deux reprises. Le temps est donc un bien précieux puisque s’ajoutent aussi deux phases de répétition. Pour La Tempête, il fallait un outil qui puisse réajuster facilement le mapping sur le décor-boîte afin que les images soient raccords.

« Une fois que le dé était réassemblé, nous redéfinissions les quatre coins des plans rapidement. Ce logiciel est aussi composé d’un média serveur facile d’utilisation, et d’une sécurité en cas de plantage. L’ordinateur est fiable. Une fois que le montage est construit, l’utilisation est simplissime : il suffit d’appuyer sur la barre d’espace pour passer à la séquence suivante. L’avantage est aussi la préparation off line. Malgré tout, nous devons pouvoir être très réactifs en fonction des demandes du metteur en scène. Chaque logiciel a ses propres spécificités et nous aurions pu décider d’utiliser Millumin, Isadora ou QLab. Mais dans le contexte de ce projet, Modulo Kinetic était plus adapté », termine-t-il.

 

Article paru pour la première fois dans Sonovision #14, p.38. Abonnez-vous à Sonovision (4 numéros/an + 1 Hors-Série) pour accéder, à nos articles dans leur totalité dès la sortie du magazine.

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