« Wittou » : le musée national de la Marine fait revivre les expéditions de Paul-Émile Victor grâce à une expérience immersive

Du 8 juillet au 30 août 2026, le musée national de la Marine, à Paris, propose "Wittou", une expérience immersive qui invite les visiteurs à suivre les traces de Paul-Émile Victor au Groenland grâce à une projection à 360°, un son spatialisé et un travail de reconstitution réalisé avec l'intelligence artificielle.
Wittou expérience immersive - SonovisionGrâce à une projection 360° et un son spatialisé, « Wittou » replonge les visiteurs dans les expéditions groenlandaises de Paul-Émile Victor. © Les Gens Bien Productions et le Fonds de dotation Paul-Émile Victor

 

Avec l’expérience immersive « Wittou »,  le musée national de la Marine fait revivre les expéditions de Paul-Émile Victor…

 

L’expérience immersive sur les expéditions de Paul-Émile Victor présentée cet été au musée national de la Marine montre comment l’IA, la projection 360° et le son spatialisé deviennent des outils de narration au service du patrimoine. Derrière l’émotion recherchée, le dispositif révèle surtout l’évolution des workflows de création audiovisuelle appliqués à la médiation culturelle.

Du 8 juillet au 30 août 2026, le musée parisien propose Wittou, une installation immersive consacrée aux expéditions menées par Paul-Émile Victor au Groenland oriental en 1934 et 1936. Le spectateur n’assiste pas à une reconstitution documentaire classique : il est placé au cœur du récit, dans une boîte de projection autonome où images, espace sonore et voix reconstruisent progressivement le regard de l’explorateur.

 

Une narration immersive pensée comme une présence

Installé dans une boîte de projection autonome au Musée national de la Marine, le dispositif associe un film projeté à 360° sur quatre murs ainsi que le sol à un environnement sonore spatialité, plaçant le visiteur au plus près des paysages polaires et des communautés inuites rencontrées par l’explorateur.

Le choix narratif est tout aussi déterminant que la technologie. Ici, aucune voix off explicative : le récit est porté à la première personne par Paul-Émile Victor lui-même, comme si l’explorateur revenait raconter ses souvenirs.

Cette approche modifie profondément la relation entre le visiteur et les archives. L’objectif n’est pas de montrer une collection d’images historiques mais de recréer une expérience sensible, où les paysages, les silences, les vents polaires et les rencontres avec les Inuits deviennent les véritables moteurs du récit.

Concrètement, durant une dizaine de minutes, la narration à la première personne fait revivre cette aventure fondatrice sans recourir à un commentaire didactique, privilégiant l’immersion et l’émotion.

 

Des archives transformées par l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle intervient ici moins comme un effet de démonstration que comme un outil de restauration et de mise en scène. De fait, elle est ici utilisée comme un outil de création pour animer certains documents, reconstituer des environnements disparus et restituer la voix de l’explorateur, en étroite collaboration avec ses ayants droit afin de préserver l’authenticité du récit.

Écrit par Stéphane Dugast et réalisé par Dimitri Sourzac, le film s’appuie sur les photographies, dessins, carnets et textes originaux laissés par Paul-Émile Victor. Certaines images fixes sont subtilement animées tandis que plusieurs environnements aujourd’hui disparus sont reconstitués afin d’assurer la continuité visuelle du récit.

Les personnages apparaissent sous forme d’esquisses en mouvement directement inspirées des croquis réalisés par l’explorateur. Quant à sa voix, elle a été reconstituée numériquement afin d’accompagner le visiteur tout au long de l’expérience.

Produite par Les Gens Bien Productions et le Fonds de dotation Paul-Émile Victor, cette création illustre la manière dont les technologies immersives et l’IA peuvent renouveler la médiation patrimoniale tout en restant au service de la transmission historique. En effet, cette utilisation de l’IA illustre un glissement désormais fréquent dans les productions immersives : la technologie ne remplace pas les archives, elle sert à prolonger leur capacité narrative tout en conservant leur identité visuelle.

 

Wittou expérience immersive (3) - Sonovision
© Les Gens Bien Productions et le Fonds de dotation Paul-Émile Victor

 

Un workflow patrimonial où l’IA reste sous contrôle éditorial

Le projet met également en lumière une évolution importante des workflows de production.

Dans un contexte où les technologies génératives soulèvent de nombreuses questions éthiques, cette gouvernance éditoriale devient presque aussi importante que les outils utilisés. L’IA intervient ici dans un cadre documenté, à partir de sources authentifiées et selon un processus de validation humaine permanent.

Pour les producteurs de contenus patrimoniaux, cette méthodologie pourrait devenir une référence dans les futurs projets associant archives et intelligence artificielle.

 

L’immersion comme nouveau langage muséal

Au-delà du cas de Paul-Émile Victor, l’expérience immersive Wittou témoigne d’une évolution plus large des dispositifs muséographiques.

La projection panoramique, le design sonore immersif et les technologies de reconstitution permettent désormais de transformer des fonds documentaires en expériences sensibles accessibles à un public beaucoup plus large.

Cette approche répond aussi aux nouveaux usages des visiteurs, habitués aux récits interactifs, aux formats immersifs et aux écritures audiovisuelles multisensorielles.

Pour les équipes de production, cela implique de nouveaux métiers et de nouvelles collaborations réunissant réalisateurs, designers sonores, spécialistes des archives, artistes numériques, développeurs IA et scénographes autour d’un même pipeline de création.

 

Le Groenland comme territoire de mémoire… et d’actualité

Le récit replonge le public dans les campagnes menées entre 1934 et 1937 au Groenland oriental.

Jeune ethnologue surnommé « Wittou » par les Inuits, Paul-Émile Victor partage alors leur quotidien pendant de longs mois, parcourant près de 2 000 kilomètres en traîneau, naviguant en bateau entre les fjords et documentant une société encore largement préservée.

Cette plongée dans les paysages polaires résonne aujourd’hui avec une lecture contemporaine. Les territoires décrits par l’explorateur figurent parmi ceux les plus directement touchés par le réchauffement climatique, donnant aux archives une dimension patrimoniale autant qu’environnementale…