Une œuvre muséale peut être transformée en expérience immersive. Un festival peut se prolonger toute l’année pour accompagner les créateurs… Oui, ce sont ces croisements qui illustrent une évolution profonde des industries culturelles et créatives et preuves que l’innovation ne progresse plus en ligne droite.
« C’est en croisant les talents qu’on arrive à avancer »
En Occitanie, Nathalie Combe, chargée de mission innovation et filières à l’agence Ad’occ, voit dans la convergence technologique comme le premier levier qui rapproche des métiers restés cloisonnés. Face aux contraintes économiques et aux nouveaux rythmes de production, les studios d’animation ou jeu vidéo n’ont plus intérêt à développer chacun leurs propres solutions.
L’experte précise : « Des activités qui fonctionnaient en silos partagent des outils communs, des technologies communes et peuvent faire des transferts d’expertise. »
C’est notamment le cas d’Unity et d’Unreal, deux moteurs développés à l’origine pour créer des jeux vidéo, mais aujourd’hui également employés dans l’animation et les effets visuels.
Cette dynamique est présente également dans le vidéomapping observe le directeur des Rencontres Audiovisuelles. Son secteur est encore jeune mais cherche à élargir ses formes et ses publics. Pour faire évoluer les créations, il invite des artistes habitués à raconter sur un écran à travailler sur une façade, un objet ou un espace immersif. « C’est en croisant les talents qu’on arrive à avancer. » affirme le directeur.
Le territoire crée les conditions de la rencontre
Dans le Grand Est, Marion Gravoulet, chargée de mission cinéma, audiovisuel et numérique à la Région, constate que la proximité géographique ne suffit pas à faire collaborer des professionnels issus de disciplines différentes. « On a voulu reprendre à la base les lieux et les temps pour qu’ils se rencontrent », explique-t-elle. La collectivité réunit ainsi des étudiants en art, des développeurs et des scénaristes autour des Creative Jam, un atelier de création intensif, afin de leur apprendre, dès leur formation, à travailler avec d’autres métiers.
Un autre exemple à l’appui, c’est le KIKK. Ce festival organisé à Namur consacré aux arts et aux cultures numériques, montre jusqu’où cette organisation des rencontres peut conduire. En quinze ans, l’événement s’est prolongé en lieux de diffusion et d’accompagnement pour les créateurs. Delphine Jenart, coordinatrice de cet écosystème, en résume la mécanique : « Il faut réunir des gens, faire en sorte qu’ils se connaissent mieux, qu’ils travaillent ensemble et qu’ils montent des projets ensemble. »
L’écosystème est le moteur de croissance
L’enjeu s’étend désormais au-delà des frontières régionales. Avec la Grande Région créative, Delphine Jenart cherche à rapprocher les acteurs de Wallonie, du Grand Est, du Luxembourg et des territoires allemands voisins pour connecter leurs chaînes de valeur plutôt qu’à juxtaposer leurs initiatives. « Quand on se connaît mieux, les opportunités de développement deviennent beaucoup plus fortes », souligne-t-elle.
Mais le rôle des écosystèmes est décisif pour l’innovation. Selon Antoine Manier une rencontre ne suffit pas à faire naître un projet. « Pour qu’un projet émerge, il faut un écosystème et une volonté publique, des financements, de la recherche, des talents et un opérateur qui décide de retrousser ses manches », résume le directeur des Rencontres Audiovisuelles.
Si les technologies accélèrent l’innovation, les territoires, eux, décident encore de la vitesse à laquelle les idées vont circuler.







