Les expériences immersives françaises ont-elles trouvé la recette pour s’exporter ?

    Il fut un temps où une expérience immersive se jugeait principalement à l’effet de surprise qu’elle provoquait. Ceux qui diffusent leurs contenus sur des casques suivent les audiences et cherchent à fidéliser les utilisateurs, mais ceux qui équipent des musées ou des salles immersives doivent renouveler leurs catalogues et adaptent une même production à plusieurs lieux.
    Les expériences immersives françaises ont-elles trouvé la recette pour s'exporter ?

    Publié le 13/07/2026

    Les expériences immersives françaises ont-elles trouvé la recette pour s'exporter ?

    Les expériences immersives françaises ont la cote … Mais comment une expérience immersive conçue à Paris peut-elle être diffusée à New York, exploitée dans un musée chinois puis renouvelée à distance quelques mois plus tard ? La réponse repose sur la capacité des studios à bâtir des formats reproductibles, des catalogues durables et des outils de diffusion capables de suivre. Au Forum Entreprendre dans la Culture, Victor Agulhon, CEO de Targostories, et Vincent Guttman, cofondateur et directeur général de Small Creative, ont présenté deux voies pour faire changer d’échelle l’immersion française.

     

    Les plateformes imposent la logique du format

    Pour les productions destinées aux casques, le premier enjeu consiste à transformer une expérience ponctuelle en rendez-vous éditorial. Targostories développe ainsi des documentaires immersifs destinés aux casques d’Apple, de Meta ou de Google. « Nous, le modèle, c’est d’aller travailler directement avec les fabricants, parce que c’est l’une des seules manières que l’on a trouvées aujourd’hui pour créer des programmes assez ambitieux », tranche Victor Agulhon

    Le studio mise sur des sujets déjà familiers du grand public, comme le Débarquement de Normandie raconté à travers les images tournées par un soldat, l’histoire de Notre-Dame avant et après l’incendie ou encore les enquêtes criminelles, avec des interactions légères qui enrichissent le récit sans en interrompre le déroulement.

    © TARGO

    Cette approche rapproche progressivement la VR des usages de la télévision et du podcast. « Quand on crée vraiment un format, c’est là qu’on peut trouver une échelle qui devient intéressante pour créer un business », cadre Victor Agulhon. Une série en trois épisodes consacrée aux scènes de crime a ainsi dépassé les 100 000 utilisateurs, chaque nouvel épisode attirant environ 30 000 personnes supplémentaires.

    © Small Creative

    Ce premier signal ne garantit pourtant aucune mise en avant automatique. Les plateformes amplifient d’abord les contenus qui affichent de bonnes conversions et une durée d’usage suffisante. Le producteur doit donc convaincre deux fois, d’abord le fabricant du casque, puis son audience. Chez Small Creative, des univers connus comme Titanic ou Versailles rendent les expériences immédiatement accessibles à des publics très différents et facilitent leur diffusion d’un pays à l’autre.« Il faut que les gens s’amusent quand ils le font. Et quand ils sortent, il faut qu’ils apprennent quelque chose », résume Vincent Guttman.

     

    Le catalogue et l’exploitation font voyager les œuvres

    Faute de pouvoir reconstruire une installation à chaque nouveau contrat, Small Creative a choisi de standardiser son outil. Le studio déploie une même plateforme technologique dans des musées, des salles privées ou des centres culturels, puis adapte le nombre de casques et la taille des cellules au flux attendu. L’installation prend au maximum cinq jours, tandis que les équipes locales assurent ensuite l’exploitation.

    Cette organisation change la nature même du travail du studio. Il ne s’agit plus seulement de produire une œuvre, mais d’alimenter un catalogue, de former les médiateurs, de suivre les données de fréquentation et de mettre à jour les contenus à distance. Trente-trois salles utilisent aujourd’hui cette technologie dans le monde, pour plus de 30 000 billets vendus chaque mois.

    Le modèle économique suit cette logique de diffusion. Small Creative privilégie le partage de billetterie et se rémunère donc sur une part des tickets vendus par les lieux qui exploitent ses expériences, tandis que Targostories cherche des financements directement auprès des fabricants de casques.

    Deux circuits, donc, mais une même priorité. « On a créé tout un catalogue de contenus qui va dans le même système technologique », explique Vincent Guttman. Du côté de Targostories, Victor Agulhon défend lui aussi des licences et des formats « scalables » capables de dépasser le projet unique. Une même ambition rassemble finalement ces deux modèles : faire de l’expérience immersive non plus une production unique, mais un format capable de circuler et de s’inscrire dans la durée.

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