Comment rendre le studio TV accessible à l’entreprise ?

Du webinaire improvisé au plateau hybride : comment professionnaliser la communication vidéo des organisations ? Réponse avec quatre experts ( producteur, agence, prestataire, fournisseur de solutions)...
« Comment rendre le studio TV accessible à l’entreprise », une conférence SATIS animée par Gilbert Wayenborgh (DigitalNews TV) avec et Nicolas Damuni (Vizrt), Alexis Ferrebeuf (New Tone Studio), Mathieu Chavanne (AMP Visual TV/Letsee – Smart Studio) et Vincent Dhennin (R&L Media).« Comment rendre le studio TV accessible à l’entreprise », une conférence SATIS animée par Gilbert Wayenborgh (DigitalNews TV) avec et Nicolas Damuni (Vizrt), Alexis Ferrebeuf (New Tone Studio), Mathieu Chavanne (AMP Visual TV/Letsee – Smart Studio) et Vincent Dhennin (R&L Media). © DR

Gilbert Wayenborgh (DigitalNews TV) t Nicolas Damuni (Vizrt), Alexis Ferrebeuf (New Tone Studio), Mathieu Chavanne (AMP Visual TV/Letsee – Smart Studio) et Vincent Dhennin (R&L Media) apportent des éléments de réponse à la problématique du choix .. ou non d’un plateau TV intégré ou externe quand on est une entreprise…

De la visio Zoom à la production audiovisuelle en plateau, les entreprises multiplient les formats pour informer, fédérer et former leurs publics internes et externes. Mais passer d’un smartphone à bout de bras à un véritable studio TV – qu’il soit interne, externalisé ou mobile – suppose d’arbitrer entre budget, compétences, fréquence d’usage, storytelling, diffusion… et expérience utilisateur.

Lors du Satis 2024, la conférence « Comment rendre le studio TV accessible à l’entreprise », animée par Gilbert Wayenborgh (DigitalNews TV) avec Alexis Ferrebeuf (New Tone Studio), Vincent Dhennin (R&L Media), Mathieu Chavanne (AMP Visual TV/Letsee – Smart Studio) et Nicolas Damuni (Vizrt), a apporté un éclairage sur le sujet.

 

Le Covid et la démocratisation des outils et plates-formes vidéo ont largement accéléré l’adoption de la communication audiovisuelle dans les entreprises ces dernières années… © DR

Un marché stimulé par la crise sanitaire, profondément transformé

Poussé par le contexte de la pandémie, l’usage de la vidéo s’est beaucoup démocratisé dans les entreprises ces dernières années… « Pendant et après le Covid, il y a eu une très forte demande parce que les gens ne pouvaient plus organiser d’événements en présentiel », rappelle Mathieu Chavanne. Il a vu des marques chercher en masse des plateaux capables d’accueillir plusieurs intervenants, de gérer des powerpoints, des interactions et surtout… de diffuser efficacement en ligne.

La vidéo est ainsi entrée dans les usages de toutes les entreprises, de nouveaux formats et canaux permettant d’adresser les collaborateurs plus directement et avec efficacité. Initialement plutôt utilisée pour la communication interne, sa vocation s’est élargie et elle s’est même imposée comme un levier d’engagement pour les RH, pour la formation et même pour l’incarnation des dirigeants. « Une mauvaise communication – notamment sans image – peut d’ailleurs entraîner un désengagement et un turnover des équipes », souligne Nicolas Damuni (Vizrt) lors de cette conférence.

La stratégie du Groupe Indigo, client de New Tone Studio, est emblématique de cette nouvelle approche vidéo first… « Une émission d’une heure avec le Comex, diffusée en interne auprès de 7 000 collaborateurs, a permis de faire passer des messages complexes dans un format engageant, avec sous-titrage pour l’accessibilité », explique Alexis Ferrebeuf rejoint par Vincent Dhennin : « Ce type de production permet en effet de rendre vivants des sujets internes souvent arides ! »

De plus, en évitant les déplacements, la location de salles et la mobilisation d’équipes, un événement tel que celui-ci devient rapidement rentable. « Faire venir 200 cadres sur un site coûte bien plus cher que de tourner dans un studio et de diffuser en direct », complète Vincent Dhennin.

 

Les contraintes économiques poussent aussi vers des formats mobiles et agiles qui peuvent aussi être très efficaces. © DR

Broadcast, pro AV, corporate : la convergence technologique change la donne

Les progrès technologiques contribuent, en outre, à rendre les plateaux plus accessibles. « Depuis le rachat de NewTek par Vizrt, on ramène le pro AV vers le broadcast et le broadcast vers le pro AV. Résultat : un studio TV peut être mis en place à un coût beaucoup plus bas qu’avant », mentionne Nicolas Damuni. Cette convergence technologique bénéficie à tous : grands groupes comme PME.

Globalement, tous les constructeurs intègrent aujourd’hui dans leurs solutions des fonctionnalités IA, automatisation, outils de gestion graphique ou même parfois de réalité augmentée qui offrent aux entreprises de produire des contenus plus impactants et plus professionnels avec un temps de prise en main réduit et une économie maîtrisée.

Ces améliorations sont bienvenues dans un contexte où la pression économique est aussi importante… « Depuis le Covid, les budgets sont plus serrés et pour autant il y a une attente d’agilité », constate effectivement Vincent Dhennin. « C’est d’ailleurs dans cette tension entre exigence croissante et rationalisation des coûts que se joue l’accessibilité réelle du studio… »

 

Du bricolage à la professionnalisation : l’importance du bon format

À l’époque du confinement, de nombreuses entreprises ont monté des plateaux de fortune dans leurs locaux. « Une salle de 40 m², trois caméras, un petit mélangeur… et on streamait ! », se souvient Vincent Dhennin. Mais dans les faits, sans équipe formée, sans storytelling et sans support technique solide, ces expériences se sont vite arrêtées !

La professionnalisation passe par des environnements préparés. « Si vous externalisez votre production, il faut travailler en priorité dans des plateaux qui sont plug-and-play, c’est-à-dire déjà pré-équipés, préinstallés », prévient Mathieu Chavanne en opposant ces espaces optimisés aux lieux improvisés, notamment les salles de réception reconverties qui pullulaient à l’ère Covid… « Sinon, les mauvaises surprises peuvent se multiplier ! »

 

Un direct peut toucher l’ensemble des salariés d’un groupe à coût incomparable. © DR

Internaliser ou externaliser ? Une réponse au cas par cas

Si l’entreprise hésite entre un studio intégré et le recours à des prestataires, pour tous les professionnels présents sur cette conférence, elle doit avant toute chose, évaluer son volume de production, ses ressources disponibles et ses types de messages à porter.

Pour un événement ponctuel avec de fortes contraintes éditoriales ou de diffusion, comme pour la captation du Groupe Indigo, le recours à un studio tiers est souvent préférable, mais si les communications sont régulières et de moindre complexité, des dispositifs mobiles ou internes peuvent suffire, à condition de s’assurer d’un accompagnement minimal et d’une maintenance.

Et si vous internalisez, il faut vraiment faire attention à la maintenance ! « Évitez d’avoir un plateau qui n’est ouvert qu’une fois de temps en temps… La meilleure option c’est d’avoir des permanents qui l’allument tous les jours car s’il n’est allumé qu’une fois par mois, on ne sait plus trop ce qui fonctionne. D’ailleurs, de nombreux clients ont jeté l’éponge après avoir mesuré la difficulté d’assurer une fiabilité dans la durée ! », souligne Mathieu Chavanne.

 

Le contenu, clé de voûte de toute production. © DR

Le contenu, clé de voûte de toute production

« Le studio, c’est le contenant. Ce que les entreprises veulent, c’est aussi – et même surtout – un contenu », avertit Alexis Ferrebeuf. Sans ligne éditoriale claire, sans script, sans conducteur, même la plus belle captation tombe à plat !

D’où l’importance d’un binôme solide entre production technique et accompagnement éditorial. Trouver le bon format, guider les intervenants, scénariser le propos, créer un fil rouge… c’est un métier. Et c’est souvent ce qui fait la différence entre une vidéo regardée et une vidéo ignorée.

« La captation multicaméra la plus propre reste terne dans un paysage saturé de vidéos », confirme Vincent d’Hénin qui ajoute : « Il faut donc un format, un habillage et un accompagnement pour que les intervenants – souvent non professionnels – soient à l’aise devant la caméra. »

D’où l’importance aussi d’une phase de préparation… « Plus de 50 % du succès, c’est la prépa », martèle Alexis Ferrebeuf. Or, faute de temps, beaucoup de clients sous-estiment malheureusement cette étape pourtant fondatrice.

 

Préparer la diffusion et les déclinaisons

« Rien de pire qu’un live qui ne part pas », alerte Mathieu Chavanne qui recommande systématiquement des tests en amont pour éviter les surprises : pare-feu, réseau client, compatibilité avec les plates-formes, ouverture de ports. Il faut aussi prévoir la diffusion multicanale en amont : YouTube, LinkedIn, intranet, site événementiel privé… « Ce n’est pas si compliqué, mais ça ne s’improvise pas », rappelle-t-il.

Autre point crucial : définir dès la préparation si l’émission est publique ou réservée à un public privé (salariés, clients). Cela conditionnera la plate-forme, l’accès, les éventuelles mesures de sécurité et de RGPD. « Aujourd’hui, une vidéo live ne suffit plus. Les entreprises attendent des formats dérivés : versions sous-titrées, extraits courts pour les réseaux, clips internes, capsules “snack”… Ces livrables doivent être envisagés dès le début du projet pour être intégrés dans le devis et la charge de travail. Ces productions multiformats justifient certains budgets, car dans ce cas on crée non pas un contenu unique, mais tout un écosystème autour d’un tournage », prévient Alexis Ferrebeuf.

 

Le Smart Studio de Letsee, installé dans le XVe arrondissement de Paris, est un plateau TV équipé de six caméras et d’une régie HD. © DR

Quels métiers autour d’un studio corporate ?

Du script à la diffusion, les compétences peuvent s’additionner. « La conception, le suivi de projet, la direction du brand content… peuvent jouer des rôles clés sur certains projets », détaille Vincent d’Hénin. Les tailles d’équipe varient donc selon les plateaux : des « tout petits plateaux » quasi automatisés à l’opérateur multifonction, jusqu’aux plateaux de 90 m² tout équipés, nécessitant a minima un réalisateur, un ingénieur du son et un opérateur caméra, avec un éventuel renfort si un besoin d’habillage lourd ou de multiples sources HF se fait sentir.

Mathieu Chavanne livre un ordre de grandeur financier… « Pour un plateau de 80 m² capable d’accueillir sept personnes, comptez environ 5 500 euros pour une demi-journée avec un live d’une heure, la prestation incluant réalisation et maquillage (prévoir le script en sus, souvent traité via l’agence). »

Mais il est possible de faire des arbitrages sur le maquillage ou de venir avec son réalisateur pour alléger les coûts. On peut aussi trouver des prestations plus légères, autour de 2 000 à 2 500 euros, sur des formats courts, en équipe réduite et en mode tournage « agile »…

Rendre un studio accessible, c’est aussi accompagner les utilisateurs dans la durée. Formation, documentation, support, transfert de compétences… sont autant d’éléments clés pour que l’outil vive. Vincent Dhennin résume : « Être accessible, pédagogique, clair. C’est la seule manière de construire des dispositifs durables. »

 

Letsee propose aussi un plateau TV équipé avec un décor modulable, sa lumière et ses moyens techniques vidéo et son. Un outil facile, modulable, installé dans le VIIIe arrondissement de Paris. © DR

Checklist avant d’investir dans un studio corporate

  1. Clarifiez l’usage (récurrent vs ponctuel).
  2. Préparez votre format et votre script (éditorial avant tout).
  3. Structurez votre équipe (édito + technique minimale).
  4. Listez vos livrables (sous-titres, capsules, déclinaisons).
  5. Sécurisez la diffusion (plates-formes, bande passante).
  6. Mettez en place un suivi technique (interne ou externalisé).

 

Ordre de grandeur budgétaire

  • Webinar pack (45 min, en série) : 2 000 – 2 500 €
  • Webinar léger, tournage agile : 2 000 – 3 000 €
  • Smart Studio 80 m², 7 pers. plateau : environ 5 500 € la demi-journée live
  • Économies possibles : maquillage optionnel, format resserré, livrables mutualisés

 

Retrouvez la captation vidéo de la conférence ici sur moovee.tech, la plate-forme Web TV de Génération Numérique en accès gratuit !

 

Article paru pour la première fois dans Sonovision # 40, p. 64 – 68