Jeux vidéo, YouTube et Kickstarter : La méthode Ankama pour rester indépendant

    Treize millions d’euros pour 26 épisodes de Wakfu saison 5. De quoi rappeler une évidence que le secteur connaît bien. L’indépendance artistique a belle allure sur scène, mais elle se cogne vite au mur des budgets. Lors de la deuxième journée du PIX Festival, le studio de création numérique Ankama en incarnait la démonstration concrète.
    Le studio Ankama a-t-il la main sur sa chaîne de valeur audiovisuelle ?

    Publié le 13/04/2026

    Le studio Ankama peut-il vraiment financer son indépendance audiovisuelle ? Anthony Roux, co-fondateur du groupe et studio de création numérique Ankama, ne cache pas la vérité : « L’indépendance passe, malheureusement, par l’indépendance financière à la base. Pour être indépendant, il faut en effet pouvoir se le permettre. » Chez Ankama, « ce qui fait gagner de l’argent, c’est le jeu vidéo ». rajoute le co-fondateur. L’audiovisuel reste un territoire d’activité plus escarpé. 

     

    Le prix de l’indépendance, quel modèle économique pour Ankama ? 

    Camille Chafer ramène aussitôt le débat à la mécanique industrielle du groupe qui s’avère être assez complexe.

    Le co-fondateur, entre dans les détails : « On est toujours dépendant d’une chaîne, d’un distributeur, d’un diffuseur, qui peut bloquer les choix et les volontés artistiques. »  

    Le studio garde la main sur ses idées, mais il ne finance pas seul un projet d’animation de cette taille. Le crowdfunding a bien ouvert une brèche. Anthony Roux rappelle qu’Ankama a levé deux millions lors d’une première campagne, puis trois millions sur une seconde. Sur le papier, la somme impressionne mais la réalité c’est qu’elle ne couvre qu’une fraction du besoin. 

    « Une fois que tout le monde adhère, à commencer par la plateforme, Kickstarter », il faut encore, précise-t-il, « produire et expédier les contreparties promises aux contributeurs comme les figurines et les produits qu’on va vendre » Au bout de la chaîne, la somme réellement injectée dans la fabrication de la série fond nettement…  

     

    Wakfu saison 5 d'Ankama
    Pour produire la saison 5 de Wakfu, Ankama a relevé le défi d’un financement sur Kickstarter ! © Ankama

     

    Kickstarter et diffuseurs : les limites du financement participatif

    Il y a également un décalage qui est aussi lié au public ciblé. Camille Chafer mentionne ici les chaînes de télévision et les diffuseurs avec lesquels Ankama doit composer pour financer ses séries. « Ils ont une cible. Ils visent, en fait, une audience qui n’est plus forcément la nôtre. »  En effet, chez Ankama, la communauté n’a pas disparu au fil des années, elle a simplement grandi avec le studio. « On a un âge qui doit être de 33 ou 35 ans aujourd’hui », rappelle Camille Chafer.  

    En face, les chaînes visent des cibles jeunesse « elles cherchent à capter avec leur grille de programmes d’animation une tranche d’âge 4+, du 6+ » témoigne Camille Chafer conscient de la fracture. Son associé évoque aussi l’indifférence des plateformes américaines…« On ne peut pas créer avec elles. »   Puis il assène : « Par ailleurs, à aucun moment, les chaînes n’ont fait de pub pour notre jeu. » Et c’est bel et bien toute la difficulté du modèle transmédia. Une série peut donc faire rayonner un univers sans renvoyer la valeur vers le cœur de l’entreprise…  

     

    YouTube et transmédia : la stratégie pour reprendre la main

    Le studio de création numérique Ankama cherche donc à reprendre la main. Anthony Roux voit déjà la sortie. « Le canal, il est déjà là. Il s’appelle YouTube ! » L’idée du fondateur n’est pas secrète : « L’avenir pour Ankama, c’est qu’on soit nos propres influenceurs. » Le studio a compris une chose. Si la vitrine reste chez les diffuseurs, il faut ouvrir son propre magasin.   Cette logique existe déjà dans la méthode du studio selon les mots de Camille Chafer : « On a fait le choix dès le début de ne pas raconter deux fois la même histoire. » 

    Pour les deux fondateurs, le transmédia n’a rien à voir avec le fait de recopier la même intrigue sur plusieurs supports.  Chez Ankama, chaque média ajoute une brique au même édifice, l’essence du groupe est à prolonger l’univers et à garder le public dans le même écosystème. 

    Une vrai signature de marque se distingue. « On travaille en interne les films, les séries, les bandes dessinées, les jeux vidéo, les events, les musiques et le sound design. » rappelle Antony Roux  L’exposition à Annecy en donne un aperçu.  D’autre part, les 4 000 m² de Japan Expo et un concert symphonique complet de deux heures confirment l’ampleur d’une communauté qui n’arrive plus au bout de la chaîne. Elle en devient l’un des moteurs…

     

     

     

     

    Articles connexes

    Le studio virtuel de FreeLens combine Pixotope, caméras PTZ et infrastructure Blackmagic Design pour produire les contenus corporate de Ferrero. © DR

      Studio virtuel, Pixotope et DaVinci Resolve : comment FreeLens produit les contenus vidéo de Ferrero

      Produire plus de cent vidéos de marque employeur, des émissions en direct, des capsules pour les réseaux sociaux et des contenus de communication interne sans reconstruire un dispositif technique à chaque projet : c'est le défi relevé par FreeLens pour Ferrero grâce à un workflow[...]
      Les expériences immersives françaises ont-elles trouvé la recette pour s'exporter ?

        Les expériences immersives françaises ont-elles trouvé la recette pour s’exporter ?

        Il fut un temps où une expérience immersive se jugeait principalement à l’effet de surprise qu’elle provoquait. Ceux qui diffusent leurs contenus sur des casques suivent les audiences et cherchent à fidéliser les utilisateurs, mais ceux qui équipent des musées ou des salles immersives doivent[...]
        La filière immersive : connaître son écosystème pour accélérer son développement

        La filière immersive : connaître son écosystème pour accélérer son développement

        Entre salles immersives, festivals, musées, studios, producteurs et artistes, la filière immersive ressemble encore à une galaxie en expansion. Tout le monde crée et expérimente, mais qui possède vraiment la carte complète de son territoire et sait identifier ses besoins ? Les réponses sont à[...]
        Sennheiser Spectera s’intègre à Bitfocus Companion pour un contrôle live simplifié

          Sennheiser Spectera s’intègre à Bitfocus Companion pour un contrôle live simplifié

          Avec l’arrivée d’un module dédié dans Bitfocus Companion et Buttons, Sennheiser Spectera franchit une nouvelle étape dans l’intégration et le pilotage des systèmes sans fil.[...]
          Luma AI Uni-1 : Vers une intelligence unifiée pour la création audiovisuelle

          Luma AI Uni-1 : Vers une intelligence artificielle unifiée pour la création audiovisuelle

          Luma AI lance Uni-1, le premier modèle d'IA à architecture unifiée… Une rupture technologique pour la création audiovisuelle notamment pour les agences ![...]
          DJI Power 1000 Mini : la station électrique compacte qui change la donne pour les créateurs nomades

          DJI Power 1000 Mini : la station électrique compacte qui change la donne pour les créateurs nomades

          DJI lance Power 1000 Mini, une station électrique 1 kWh ultra compacte conçue pour les créateurs nomades et les usages terrain.[...]

          Sonovision évolue

          Créez votre compte gratuit et profitez d’un accès illimité à l’ensemble des contenus Sonovision : actualités, dossiers, magazines en ligne, archives et newsletters exclusives.

          Dernières Vidéos

          Magazine online, Sonovision est destiné aux professionnels de la communication, du hors-média, de la production corporate et de l’intégration Audio et Vidéo, dans les univers de l’entreprise, de l’évènementiel, de la muséographie et des lieux publics…

          Accès rapide