Avec l’HistoPad, le palais des Papes d’Avignon change de dimension

Depuis un an, le palais des Papes d’Avignon propose une visite augmentée au moyen de l’HistoPad. Une tablette tactile offrant de multiples services : itinéraire géolocalisé, documents complémentaires, reconstitution 3D des décors d’époque… Une révolution dans la médiation ?
1_Palais des Papes ©Gwenaël Cadoret.jpg

Publié le 05/11/2018

1_Palais des Papes ©Gwenaël Cadoret.jpg

 

La scène est quelque peu surréaliste. Au cœur des vieilles pierres du palais des Papes d’Avignon, une armée de tablettes s’agite et déambule. Les yeux rivés sur l’écran, petits et grands découvrent ce joyau historique au travers de vidéos, infographies 3D et autres surprises. En à peine un an, l’HistoPad a fait oublier les audioguides, et autres livrets de visites. Même les locaux reviennent, par curiosité !

Car c’est une petite révolution dans l’expérience de visite. Géolocalisée, la tablette indique de façon dynamique l’itinéraire conseillé, déclenchant les pistes sonores d’explications automatiquement, et vibrant pour signaler une surprise à découvrir. Dans les sous-menus, des dizaines de documents, images et vidéos permettent aux plus curieux d’en apprendre toujours plus. L’HistoPad intègre aussi une chasse au trésor, pour égayer la visite des plus jeunes.

Mais le clou du spectacle, c’est le « voyage dans le temps ». Dans une dizaine de salles, elle propose une reconstitution 3D à 360 °, qui reproduit l’ambiance d’époque, avec le mobilier et la décoration. En bref, la visite devient totale !

 

 

Redonner vie à l’espace

Une expérience à la hauteur d’un monument unique. Plus grand édifice gothique d’Europe, ce complexe de bâtiments fut créé pour abriter la papauté en exil de Rome, au XIVe siècle. Miraculeusement sauvegardé, le Palais, devenu propriété municipale, retrouve de son prestige en accueillant le Festival d’Avignon (théâtre), dès 1947. Mais ce qui va tout changer, c’est son inscription à l’Unesco, en 1995.

« Être Patrimoine mondial impose de nouvelles exigences. Nous avons la responsabilité d’exploiter le bâtiment et de l’ouvrir 365 jours par an. Nous devons le mettre en valeur, en développant les outils de médiation. Enfin, nous avons la charge de son entretien, pour assurer sa transmission aux générations futures », pointe Arnaud Pignol, directeur d’Avignon Tourisme, gestionnaire du site.

Sa fréquentation va exploser, dépassant les 600 000 visiteurs par an. L’occasion d’innover : « La nouvelle municipalité souhaitait développer de nouveaux outils de médiation », précise Arnaud Pignol. Une démarche dans la droite ligne du plan de gestion de l’Unesco, qui encourage « la mise en valeur des sites par la technologie ».

Un appel à projets a été lancé : l’HistoPad de la start-up parisienne Histovery a convaincu les gestionnaires. « Sa solution était déjà reconnue au château de Chambord ou à la Conciergerie de Paris. » Car elle offre de nombreux avantages, selon le gestionnaire : « améliorer l’expérience du visiteur, redonner vie à un espace un peu vide, faciliter la préservation des salles et les programmes de rénovation, offrir des visites virtuelles pour les personnes à mobilité réduite… » Et même sanctuariser les salles trop fragiles pour le public « comme à Lascaux » !

 

 

La tablette, échelle minimum

Pour Histovery, spécialiste de la « visite augmentée sur mesure », ce fut l’occasion de changer d’échelle. « Cela reste notre plus grand projet », confirme Bruno de Sa Moreira, PDG de la start-up. Il aura ainsi fallu deux ans pour développer le scénario et les contenus du Palais. « Notre idée, c’est de toujours révolutionner l’expérience du public dans les lieux culturels, dans le respect de leur dimension historique, » argue l’entrepreneur.

L’équipe s’est donc appuyée sur un comité scientifique. « Les chercheurs ont planché sur la reconstitution réaliste du Palais. Notre chance, c’est que les archives ont été préservées, ici et au Vatican. De nombreux documents d’époque ont permis de comprendre avec précision la vie des lieux… », raconte Arnaud Pignol. Histovery a longuement travaillé sur le réalisme des reconstitutions 3D. « On reprenait chacun de nos contenus jusqu’à ce qu’ils soient validés par les scientifiques. »

Ensuite, il a fallu mettre en place la solution technique. Comme dans ses précédents projets, Histovery a privilégié la tablette. « Le smartphone a un écran trop petit. La tablette offre la surface minimum pour assurer une bonne immersion. »

Le palais a donc été équipé de 1 500 tablettes, qui correspondent à la jauge maximum de visiteurs en temps réel. Car Histovery a convaincu le gestionnaire d’inclure l’HistoPad dans le prix d’entrée. « Pour être adopté, il doit faire partie de la visite normale, classique, pour tous les visiteurs, tout le temps, justifie Bruno de Sa Moreira. À l’échelle d’un monument qui accueille des milliers de personnes, offrir une expérience pour tous est plus pertinent. Le public recherche quelque chose de vrai et d’unique. Seul le terminal individuel mobile permet cela. »

Le prestataire a sélectionné la Huawei Mediapad M3, sous Android. « Android nous apporte plus de flexibilité dans le fonctionnement. Son écran de 8 pouces offre une grande qualité d’image. Et son affichage en 16/9 est plus chouette à l’usage que le 4/3 des iPad. » Un choix dicté également par le rapport qualité-prix, « à ne pas négliger pour un parc de cette taille »…

 

 

Un plébiscite public

Sur place, 18 racks connectés ont été installés pour accueillir et recharger les tablettes. Un sujet crucial : l’autonomie ne dépasse pas 3h30, soit deux visites. « La visite est offline, mais l’usage des contenus, notamment 3D, consomme des ressources. »

À distance, Histovery effectue des mises à jour et un monitoring du matériel. « On développe une maintenance opérationnelle à distance. Nous surveillons notamment l’état de santé des batteries, pour détecter les pannes. » Les racks récupèrent aussi les logs utilisateurs. « Tous les déplacements et interactions avec la tablette sont compilés de façon anonyme. Cela permet d’analyser le comportement des utilisateurs, pour améliorer la visite. »

Sur site, les agents nettoient et branchent les tablettes entre chaque utilisation. Elles sont distribuées au public en donnant quelques conseils de prise en main. « En général, les gens sont agréablement surpris par l’outil », assure Lydie Monetta, chef de service au palais. Y compris les seniors !

« Les temps ont changé : on trouve des bornes interactives partout. Les personnes âgées sont sensibilisées aux écrans tactiles », rappelle Bruno de Sa Moreira.

 

Le résultat est bluffant de fluidité et de réactivité. Guidé par le plan interactif, géolocalisé via Bluetooth grâce à des balises Beacon, on part à la recherche des « Portes du temps ». Il suffit de viser ces bornes, et la mire ouvre l’accès au décor historique à 360 degrés. Il ne s’agit néanmoins pas de réalité augmentée en temps réel : la perspective ne suit pas nos déplacements.

« On parle de visite augmentée, concède le directeur d’Histovery. La surimpression d’image crée plusieurs difficultés : elle oblige à être online en permanence, utilise en permanence l’appareil photo, donc consomme énormément de batterie… Surtout, c’est un danger éditorial. Quand il y a un souci de calage, des chaises qui ne touchent pas le sol, cela fait sortir du film. On bascule dans le gadget technologique. On préfère que la technologie disparaisse au profit de l’expérience. »

Et au bout d’un an, le public est ravi. Le livre d’or électronique, proposé en fin d’expérience, a récolté « des dizaines de milliers de commentaires enthousiastes, dans toutes les langues », se réjouit Bruno de Sa Moreira. Un questionnaire de satisfaction a également abouti à « 98 % de commentaires positifs, quel que soit l’âge », complète Arnaud Pignol.

L’appropriation des tablettes est intense : la durée moyenne de visite a augmenté, atteignant 105 minutes. La quasi-totalité des visiteurs affiche l’ensemble des salles 3D. Chacun clique en moyenne sur 26 bulles « pour en savoir plus », et sur 6,5 objets pour les visualiser en 3D…

Et encore, ce n’est que la V1 ! Arnaud Pignol imagine déjà « ouvrir de nouvelles salles à l’immersion 3D, au fil des programmes de rénovation ». Bruno de Sa Moreira rêve d’inclure des personnages dans les décors, pour recréer par exemple le couronnement d’un pape… « On a créé la boîte de pandore. Quand on montre l’invisible, il n’y a plus de limites ! ».

 

Extrait de l’article paru pour la première fois dans Sonovision #13, p.14/16. Abonnez-vous à Sonovision (4 numéros/an + 1 Hors-Série) pour accéder à nos articles dans leur totalité dès la sortie du magazine.

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