Les media servers décuplent la créativité audiovisuelle

Produits, Audio, Diffusion, Image, Technique, Stockage // jeudi, 16 janvier 2020 // Rédigé par Alban Amouroux

Plateaux de télévision, concerts, scénographies et muséographie sont quelques-uns des environnements où les media servers stockent et délivrent les contenus. Ces appareils multifonctions très souvent modulaires deviennent la pierre angulaire d’un système de diffusion multimédias : vidéo, son, images. Ils ne s’arrêtent pas là en permettant les interactions entre les médias et l’environnement. Les media servers sont de puissants outils à la pointe de la technologie. À ce titre, ils évoluent rapidement pour inclure toujours plus de possibilités et ainsi débrider la créativité. Petit tour de l’offre actuelle et des nouvelles spécificités des media servers.

 

Media player ou media server ?

La question se pose toujours et la réponse dépend de l’usage final. Les lecteurs de médias sont aujourd’hui largement disponibles, soit intégrés directement aux diffuseurs, soit sous forme de mini-boîtiers. Les fonctionnalités basiques de planning horaire et de compilation de contenus locaux et en ligne sont assurées. Les moniteurs tournant sous Android facilitent la tâche de la personne en charge de la programmation. Plusieurs outils dans le store Google sont ainsi à sa disposition pour organiser les contenus. Il est possible de créer un outil sur mesure sous la forme d’un exécutable Android (.apk) que l’on transférera dans la mémoire du moniteur.

Les media players restent assez simples d’accès, ce qui a pour effet de limiter leurs possibilités. Une fois les contenus sélectionnés, stockés ou liés, la programmation va se charger de les lire dans un ordre prédéfini ou aléatoire. Les interactions avec des événements externes sont limitées, voire inexistantes. Certains boîtiers externes proposent d’aller plus loin grâce à des ports GPIO ou RS232 pour créer une certaine forme d’interactivité.

La limitation principale des media players concerne leur gestion mono-écran. Un lecteur est relié à un seul écran. Si l’on souhaite alimenter un mur d’images, il est nécessaire de passer par des afficheurs capables de découper eux-mêmes la source reçue, ou bien par un processeur externe. En revanche, traiter différents contenus vers différents formats d’affichage simultanément est hors de portée des lecteurs média. Cette problématique se retrouve au niveau de la synchronisation multi-écrans.

Le media player se destine avant tout à de l’installation fixe, où les contenus sont organisés puis lancés en boucle pour une période de plusieurs jours à plusieurs mois sans aucune intervention extérieure. Ils sont parfaits pour l’affichage dynamique, mais peu adaptés à des contraintes fortes de gestion multiformats, multicouches, de mises à jour continuelles et de manipulation des contenus en direct. Ces fonctionnalités sont apportées par les media servers, et bien plus encore.

 

Une combinaison logicielle et matérielle

Les media servers sont de gros et puissants PC. Ils font tourner les logiciels et services nécessaires aux différentes fonctionnalités. Vous pouvez utiliser votre propre PC et installer un bouquet d’applications autonomes telles que celles proposées par Nexio ou ProVideoPlayer 3 de RenewedVision. Elles fonctionnent sous forme de modules pour ajuster les fonctions à la carte. Vous devrez être certain de bien adapter la plate-forme matérielle aux besoins des logiciels. C’est pour cette raison que la quasi-totalité des fabricants spécialisés dans les media servers proposent leurs propres machines. VYV utilise par exemples des serveurs Dell EMC pour leur fiabilité, auxquels ils ajoutent des cartes PCI pour les entrées/sorties vidéo, les ports de contrôle, etc.

En dehors de la suite logicielle qui va caractériser chacune des solutions disponibles sur le marché, les media servers se rejoignent au chapitre de la connectivité physique. Tout n’est pas possible chez tout le monde, ce sera donc un critère essentiel à prendre en compte. Il faudra composer avec le nombre d’entrées vidéo proposées de série ou en option, ainsi que leurs formats. Elles sont le plus souvent au format SDI. En ce qui concerne les sorties, le format DisplayPort est largement utilisé sur les media servers. Videmus est le tout premier à proposer des sorties directement HDBaseT sur ses media servers pour simplifier grandement le câblage. La qualité de ces sorties est également critique. De plus en plus de fabricants basculent sur la 4K, à 60 Hz et en 4:4:4 ; d’autres sont déjà prêts pour la 8K.

 

Du multiscreen entièrement personnalisable

Le media server délivre ses contenus vers plusieurs afficheurs de façon extrêmement évoluée. Quatre sorties ne vont pas correspondre forcément à quatre moniteurs installés en mur d’images, loin de là. Les possibilités sont réellement devenues sans limite. Face à une demande de surfaces d’affichages aux ratios et aux formes différentes sur chaque projet, les media servers sont capables d’adapter leurs flux en sortie. Le media server va gérer lui-même les déformations, le mélange entre deux images projetées par plusieurs vidéoprojecteurs côte à côte, la rotation, l’aspect, etc. En sa qualité de serveur de médias, la machine adapte la résolution des fichiers, l’interpolation, la gestion des trames… Pour un rendu optimal, le serveur pourra transcoder chaque contenu dans le bon format au moment de son importation.

Plus que du multiscreen, bon nombre de media servers actuels savent gérer de l’affichage en trois dimensions sur des surfaces non planes. Différentes solutions existent : le découpage de formes selon l’import de calques Photoshop, des fichiers issus du logiciel de création 3D Cinema 4D, jusqu’à la numérisation de l’espace réel via des caméras. Avec le kit OmniCal, Disguise livre un kit de caméras destinées à réaliser un relevé en 3D pour l’intégrer dans le logiciel puis lui appliquer le mapping des images. Ce principe est applicable en live. VYV travaille sur des capteurs 3D à placer sur les intervenants et autres objets en mouvement : les contenus effectuent un véritable suivi dynamique, avec la prise en compte des ombres par exemple. Modulo Pi propose un système similaire, cette fois à travers un système de tracking optique.

 

Synchronisation son et lumière

Une autre force des media servers concerne la synchronisation, au sens large. En dehors de la diffusion de médias sur des écrans, ils savent gérer la lumière via les protocoles classiques Midi, Art-Net, TCP, UDP, DMX. Cette lumière sera synchronisée avec l’image en termes de couleurs, d’intensité et d’animation. Avec la technologie PixelMaker, les media servers GreenHippo transforment un flux vidéo en une carte de pixels transmise à des ensembles d’éclairages à leds. L’idée est de compléter l’image par une extension lumineuse la plus proche possible de ce qui est affiché sur les écrans. Ce type de mise en scène de la lumière est utilisé lors du Concours Eurovision de la Chanson et des spectacles du Cirque du Soleil par exemple. Disguise propose le même principe utilisé lors des derniers championnats e-sport : quand des bombes explosaient sur les écrans des joueurs, l’éclairage tout autour de la scène réagissait en correspondance en recréant des flammes rougeoyantes.

Pour une immersion totale, les media servers savent également se synchroniser avec le son à travers des commandes Midi par exemple. Les entrées/sorties audio de toutes sortes peuvent être présentes physiquement sur le serveur. Le serveur stocke également des flux audio qu’il transmettra en correspondance avec l’image. Si nécessaire, des presets dans le serveur permettent de modifier le routage audio en temps réel. Ils ne s’appliquent pas seulement à l’audio, mais à tous les contenus, aux entrées/sorties vidéo, au mapping, à la lumière, etc. Les presets sont lancés par des déclencheurs : un timecode, un élément externe, ou directement la personne aux commandes.

Avec ou sans preset, le logiciel intégré aux media servers offre un haut degré de manipulation des contenus en général. Le même outil permet de diffuser sur une surface d’affichage de n’importe quelle taille toutes sortes d’informations, qu’elles soient stockées dans le serveur ou capturées en live via les entrées vidéo. Depuis le logiciel, ces contenus fonctionnent par couches successives faciles à manipuler et à déplacer selon des calques ou des emplacements prédéfinis.

Couleur, luminosité, opacité, type de transition : tout peut être réalisé en direct, mémorisé et appliqué à d’autres éléments pour une cohérence totale. AV Stumpfl équipe ses media servers d’un système de correction de la colorimétrie en temps réel pour respecter le type d’image souhaité sur toute la durée de la diffusion. Enfin, la puissance des media servers leur permet d’afficher une prévisualisation de toute la programmation directement depuis la station de travail pour validation avant le lancement live.

Tous les types de contenus et leurs transitions doivent être synchronisés entre eux pour éviter tout décalage immédiatement perçu par les spectateurs. Certains serveurs s’appuient sur le genlock pour une synchronisation parfaite entre les contenus, d’autres équipements du système et parfois plusieurs media servers entre eux. Dans ce cas précis, Modulo Pi propose de fonctionner en mode maître-esclave avec sa solution Modulo Kinetic : une station de travail fait tourner l’application de gestion live en liaison avec plusieurs serveurs VNode.

 

Une gestion multi-utilisateurs quasiment incontournable

Les media servers sont indissociables de leur propre logiciel de gestion. Avec la multiplication des fonctionnalités, leur interface est visuellement ergonomique, mais ils sont devenus des outils complexes, plus forcément à la portée d’une même personne. Il y a d’une part un véritable travail créatif intégrant la diffusion des médias à travers le son, l’image et la lumière selon un script artistique en adéquation avec la vision du donneur d’ordre. De l’autre, on retrouve toutes les actions techniques dignes d’une régie live.

Certains fabricants de media servers n’hésitent pas à mettre en avant comme une qualité première le travail collaboratif simultané sur leurs machines : un même outil utilisé par les chefs de projet, les designers et les techniciens. Utilisés pour peindre numériquement les bâtiments historiques de la ville de Lyon lors de la Fête des Lumières, pour gérer l’image et les lumières synchronisées des concerts des plus grandes tournées mondiales ou des scènes des comédies musicales, ou encore pour agrémenter le show de présentation du dernier smartphone à la mode, les media servers sont devenus des outils incontournables dans le monde de l’audiovisuel moderne.

Prochaine étape ? La réalité augmentée ou virtuelle. Les media servers sont déjà à la pointe pour gérer les contenus nécessaires et immerger de façon dynamique dans un autre monde de multiples utilisateurs simultanément.

 

Article paru pour la première fois dans Sonovision #17, p.58-60. Abonnez-vous à Sonovision (4 numéros/an + 1 Hors-Série) pour accéder, à nos articles dans leur totalité dès la sortie du magazine.  

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