Le son, une économie que l’on n’entend pas mais qui pèse lourd

La contribution du sonore à l’économie française atteint 43,2 milliards d’euros et plus de 140 000 emplois !
Le son, une économie que l’on n’entend pas mais qui pèse lourd

Ces chiffres dévoilés en amont de la 23ᵉ Semaine du Son de l’UNESCO figurent dans la nouvelle étude du cabinet Asterès. Cette étude- commanditée par la Semaine du Son –met en lumière plusieurs filières en forte croissance et structurante pour l’économie nationale, notamment dans le secteur des Industries Culturelle mais pas uniquement …

 

Un secteur transversal au cœur de l’économie française

Avec 43,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 141 177 emplois équivalent temps plein (ETP) en 2024, le sonore s’impose comme un contributeur macroéconomique majeur.

En cinq ans, toutes filières confondues, les activités liées au son affichent une croissance globale de +15,1 %, portée par l’évolution des usages numériques, l’essor du streaming, la transformation des modèles audiovisuels et des politiques publiques structurantes, notamment dans le domaine de la santé auditive.

L’étude souligne la nature hybride du sonore, à la croisée des industries culturelles, technologiques, industrielles et médicales. Le son irrigue ainsi des secteurs aussi variés que la musique, l’audiovisuel, les télécoms, l’ingénierie acoustique, le BTP, l’aéronautique ou encore l’audiologie.

 

Télécoms et diffusion sonore : le premier pilier économique

Avec 29,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires, le pôle télécoms et matériels de diffusion sonore concentre à lui seul plus des deux tiers de la valeur économique du secteur. Il mobilise 66 743 emplois ETP et enregistre une croissance de +10,3 % en cinq ans.

Les télécoms demeurent le moteur principal, devant les équipements audio et audiovisuels, dont la progression reste soutenue, et le marché des instruments de musique, plus stable mais structurellement indispensable à l’écosystème sonore.

 

Création sonore : une dynamique portée par les nouveaux usages

Cœur historique de l’économie du son, la création sonore génère 2,6 milliards d’euros et 16 453 emplois ETP, avec une croissance spectaculaire de +58,7 % depuis 2019.

Cette progression est largement tirée par :

  • la musique enregistrée, dopée par le streaming (+75 %) ;
  • la radio, dont la valeur économique progresse malgré la mutation des usages ;
  • les livres audio, qui affichent une croissance exceptionnelle de +164 %, confirmant leur statut de relais stratégique.

 

Audiovisuel et création sonore hybride : mutation des modèles

La création sonore hybride, qui regroupe télévision, cinéma, vidéo, jeux vidéo et spectacle vivant, représente 3,9 milliards d’euros et 11 265 emplois ETP. Si la télévision traditionnelle recule légèrement, les autres segments affichent des croissances soutenues, en particulier la vidéo dématérialisée et les usages numériques.

Le son y apparaît plus que jamais comme un facteur d’immersion, de différenciation et de valeur ajoutée, notamment dans les jeux vidéo, la post-production et le spectacle vivant.

 

Ingénierie acoustique et audiologie : des relais de croissance solides

Deux autres pôles affichent un poids économique identique de 3,8 milliards d’euros chacun :

  • l’ingénierie et le conseil acoustique, en hausse de +26,5 %, portée par l’industrie, les bureaux d’études et la recherche ;
  • le secteur médical de l’audition et de l’audiologie, qui progresse de +34,3 %, sous l’effet direct de la réforme du « 100 % santé » et de la démocratisation des équipements auditifs.

À eux deux, ces secteurs emploient près de 47 000 professionnels et confirment le rôle stratégique du sonore dans les enjeux de santé publique et de qualité de vie.

 

Audiovisuel et création sonore hybride : une recomposition structurelle des modèles

Selon l’étude Asterès, la création sonore hybride – qui regroupe l’ensemble des activités où le son est indissociable de l’image – représente 3,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024 et 11 265 emplois équivalent temps plein.

Ce périmètre couvre cinq sous-secteurs clés : chaînes de télévision, films institutionnels, publicitaires et cinématographiques, spectacle vivant, jeux vidéo et logiciels, et vidéo

 

Télévision : un recul économique, mais un socle sonore toujours structurant

Pilier historique du secteur, la télévision demeure le premier contributeur en valeur absolue avec 1,9 milliard d’euros liés au son. Elle enregistre toutefois une baisse de 3,6 % depuis 2019, conséquence directe de la fragmentation des audiences, de la pression concurrentielle exercée par les plateformes et de la rationalisation des coûts de production

Pour autant, l’étude souligne que le son reste central dans la fabrication des contenus télévisuels : captation, post-production, habillage, mixage et diffusion continuent de mobiliser des compétences spécifiques et une part significative du temps de travail technique, malgré la contraction globale du marché.

 

Films, publicité et cinéma : une contribution sonore stabilisée

Les films institutionnels, publicitaires et cinématographiques génèrent 566 millions d’euros de chiffre d’affaires sonore, en progression modérée (+2,9 %). Ce segment illustre une relative stabilité de la contribution du son à la valeur ajoutée, malgré des cycles d’investissement variables et l’évolution des formats de diffusion

 

Le son y demeure une brique technique indispensable, de la prise de son au design sonore, en passant par le doublage et la post-production, dans un contexte où la qualité audio constitue un facteur différenciant des œuvres.

 

Spectacle vivant : une intensité sonore en forte progression

Avec 637 millions d’euros et une croissance de +24,4 % en cinq ans, le spectacle vivant confirme son fort degré d’intensité sonore. La régie, la diffusion et la conception audio y jouent un rôle central, tant dans les concerts que dans les formes hybrides mêlant scène, image et technologies immersives

L’étude met en évidence une recomposition des formats et des conditions de production depuis la crise sanitaire, sans remise en cause du rôle structurant du son dans la chaîne de valeur.

 

Jeux vidéo et logiciels : le son comme levier d’immersion

Le secteur des jeux vidéo et logiciels représente 450 millions d’euros liés au sonore, avec une croissance de +12,5 %. Bien que la part du son dans la valeur totale reste proportionnellement plus faible que dans d’autres secteurs, l’étude souligne son rôle stratégique dans l’immersion, l’interactivité et l’expérience utilisateur

Design sonore, spatialisation audio et adaptativité des ambiances deviennent des marqueurs de qualité, renforçant la valeur perçue des contenus interactifs.

 

Vidéo dématérialisée : le segment le plus dynamique

Enfin, la vidéo – portée par la dématérialisation des usages et la montée en puissance des plateformes – affiche la plus forte croissance du secteur, avec +80,7 % depuis 2019, pour atteindre 298 millions d’euros

Dans ce segment, le son reste un élément clé de différenciation, notamment à travers le doublage, l’adaptation multilingue, le mixage et la post-production, essentiels à la circulation internationale des contenus.

 

Une mutation qui repositionne le son comme actif stratégique

Au total, la création sonore hybride progresse de +6,2 % entre 2019 et 2024, malgré le recul de la télévision. Cette dynamique illustre une mutation profonde des modèles audiovisuels, où le son ne se limite plus à une fonction technique mais devient un vecteur de valeur, d’innovation et d’expérience, au cœur des stratégies de contenus et des usages numériques

Une méthodologie fondée sur la valeur du travail sonore

Pour mesurer cette contribution, Asterès s’est appuyé sur une approche éprouvée, déjà utilisée lors de la précédente étude publiée en 2020. La méthode consiste à estimer, secteur par secteur, la part du son dans la valeur créée, à partir du temps de travail technique réellement dédié aux activités sonores.

Trois grandes catégories structurent le périmètre de l’analyse :

  • les secteurs à finalité principalement sonore, comme la radio, la musique ou le spectacle vivant ;
  • les secteurs où le son est une composante essentielle mais non exclusive, tels que l’audiovisuel, les transports ou le bâtiment ;
  • les secteurs fournissant les outils et infrastructures du sonore, à l’image des télécoms, des équipements de diffusion ou des instruments de musique..

Cette étude révèle combien le son s’impose comme un actif stratégique, bien au-delà de la seule dimension technique : création de valeur, expérience utilisateur, circulation internationale des contenus et innovation des formats.

Acteur de taille dans la transformation numérique, le son stimule l’innovation industrielle, favorise l’essor des industries culturelles et cette photographie économique confirme la nécessité de penser le sonore comme une filière stratégique à part entière, à la croisée des politiques culturelles, industrielles et technologiques.

La semaine du Son se déroulera du 19 janvier au 1er février 2026, sous le thème « Son et innovations », Cette édition abordera les grands enjeux économiques, environnementaux et culturels liés au sonore : poids économique du son, santé auditive, IA et voix synthétiques, habitat acoustique, thérapies innovantes ou encore intelligence musicale.

 

Programme complet sur www.lasemaineduson.org